lundi 6 août 2012

Déclaration de Paix - Ville d'Hiroshima 6 août 2012

Traduction française : AFCDRP/Maires pour la Paix France (traduction non-officielle depuis la version anglaise, version officielle en japonais disponible sur http://www.city.hiroshima.lg.jp/www/contents/0000000000000/1110537278566/index.html et version anglaise disponible sur http://www.city.hiroshima.lg.jp/www/contents/0000000000000/1343890585401/index.html).

le 6 août 2012 à Hiroshima.
Photo par la représentante de l'AFCDRP/Maires pour la Paix France

8h15, le 6 août 1945. Notre ville était réduite en cendres par une seule bombe atomique. Les maisons dans lesquelles nous rentrions chez nous, notre vie quotidienne, les coutumes que nous chérissions – tout avait disparu : « Hiroshima n’existait plus. La ville avait disparu. Plus de routes, juste une plaine de gravats brûlée aussi loin que je puisse voir et, malheureusement, je pouvais voir bien trop loin. J’ai suivi les lignes électriques tombées le long de ce que j’ai cru être les rails du tramway. Il faisait très chaud dans la rue du tram. La mort était partout. » C’était notre ville, vue par une jeune femme de vingt ans. C’était Hiroshima pour tous les survivants. Les festivals trépidants, les jeux dans les bateaux, la pêche et la chasse aux coquillages, les enfants attrapant des crevettes d’eau douce – un mode de vie avait disparu des berges de nos rivières.

Pire encore, la bombe avait emporté avec elle la vie si précieuse de tant d’êtres humains : « J’étais dans un camion de l’équipe de défense civile pour ramasser des corps. Je n’étais qu’un jeune garçon donc ils m’ont dit de saisir les chevilles. C’est ce que j’ai fait mais la peau s’est dérobée. Je ne pouvais pas m’accrocher. Je me suis armé de courage, ai serré fort avec mes doigts et la peau a commencé à suinter. Une puanteur atroce. J’ai serré jusqu’aux os. Après avoir compté jusqu’à trois, nous avons jeté le corps dans le camion. » Comme nous le voyons à travers l’expérience de ce garçon de 13 ans, notre ville était devenue un véritable enfer. Un nombre incalculable de cadavres était là, empilés les uns sur les autres, au milieu des gémissements des nourrissons tétaient le sein de leur mère morte pendant que des mères hébétées s’accrochaient à leur bébé mort.

Une jeune fille de 16 ans a perdu toute sa famille, les uns après les autres : « Mon frère âgé de 7 ans a été brûlé des pieds à la tête. Il est mort peu après le bombardement. Un mois plus tard, mes parents sont morts puis mon frère de 13 ans et ma sœur de 11 ans. Les seuls qui restaient, c’était moi et mon petit frère, qui avait trois ans, et il est mort plus tard du cancer. » Des nouveau-nés aux grands-mères, à la fin de l’année 140 000 vies précieuses ont été enlevées à Hiroshima.

Hiroshima a été plongée dans les ténèbres les plus profondes. Nos Hibakusha ont vécu le bombardement en chair et en os. Ils ont dû vivre avec les effets secondaires et la discrimination sociale. Et pourtant, ils ont rapidement commencé à partager avec le monde leur vécu. En dépassant la rancœur et la haine, ils ont révélé l’inhumanité absolue des armes atomiques et ont travaillé sans relâche pour abolir ces armes. Nous voulons que le monde entier connaisse leur détresse, leur chagrin, leurs souffrances et leur désir altruiste.

La moyenne d’âge des Hibakusha est maintenant supérieure à 78 ans. Cet été, en réponse à de nombreux citoyens ordinaires cherchant à apprendre et à transmettre l’expérience et le vœu des survivants, Hiroshima a commencé à former scrupuleusement des héritiers officiels des Hibakusha. Déterminés à ne jamais laisser les bombardements atomiques s’effacer de nos mémoires, nous avons l’intention de partager avec le plus de personnes possibles ici et à l’étranger le désir des Hibakusha pour un monde sans armes nucléaires.

Peuples du monde, en particulier dirigeants des états possédant l’arme nucléaire, venez à Hiroshima pour réfléchir à la paix dans cette ville atomisée !
Cette année, Maires pour la Paix a célébré son 30ème anniversaire. Le nombre de villes appelant à l’abolition totale des armes nucléaires d’ici à 2020 a dépassé les 5 300 et nos membres représentent maintenant environ un milliard de personnes. En août prochain à Hiroshima se tiendra une Conférence générale de Maires pour la Paix. Cet évènement transmettra au monde le désir intense de la vaste majorité de nos citoyens pour une convention relative aux armes nucléaires et l’élimination de celles-ci. Au printemps prochain, Hiroshima accueillera une réunion ministérielle de l’Initiative pour la non-prolifération et le désarmement qui comprend dix états non-nucléaires dont le Japon. Je crois fermement que la demande d’être libéré des armes nucléaires va bientôt s’étendre hors d’Hiroshima, encercler le monde et nous mener vers une paix mondiale réelle.

Le 11 mars 2011 est un jour que nous n’oublierons jamais. Un désastre naturel aggravé par un accident nucléaire a provoqué une catastrophe sans précédent. Ici à Hiroshima, nous sommes parfaitement conscients que les survivants de cette catastrophe continuent de souffrir terriblement mais se tournent vers le futur avec espoir. Leur calvaire se superpose clairement à celui que nous avons enduré il y a 67 ans. Je m’adresse maintenant à tous ceux dans les zones touchées. Accrochez-vous à votre espoir pour demain. Votre jour viendra, sans aucun doute. Nos cœurs sont avec vous.

Ayant tiré les leçons de cet horrible accident, le Japon est maintenant engagé dans un débat national sur sa politique énergétique avec des voix qui insistent en disant « l’énergie nucléaire et le genre humain ne peuvent pas coexister. » J’appelle le gouvernement japonais à mettre en place sans délai une politique énergétique qui assure la sécurité et la sûreté des personnes. Je demande au gouvernement du seul pays ayant subit des bombardements atomiques d’accepter comme sienne la détermination d’Hiroshima et de Nagasaki. Conscients de la situation instable nous entourant en Asie du nord-est, faites preuve d’un leadership plus audacieux au sein du mouvement pour l’élimination des armes nucléaires. Prenez des mesures plus efficaces pour les Hibakusha à l’intérieur et à l’extérieur du Japon qui continuent de souffrir encore aujourd’hui et prenez la décision politique d’étendre les « zones de pluie noire ».

Une fois encore, nous offrons nos prières pour le repos paisible des victimes des bombardements atomiques. Depuis notre base à Hiroshima, nous nous engageons à transmettre au monde l’expérience et le désir de nos Hibakusha et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour parvenir à une paix réelle dans un monde sans armes nucléaires.

6 août 2012
MATSUI Kazumi
Maire
Ville d’Hiroshima