mardi 24 août 2010

Déclaration de paix de la ville de Nagasaki


Déclaration de Paix de la ville de Nagasaki, lue lors des cérémonies du 9 août 2010, marquant le 65ème anniversaire du bombardement atomique de la ville.
Traduction française : Ville de Nagasaki.
   


   Cette année, les chants interprétés par la chorale des survivants de la Bombe Atomique lors de l’ouverture de la cérémonie de commémoration de la paix à Nagasaki, ont fait passer le message qu’un tel drame ne devait plus jamais se produire.
   Le 9 août 1945, à 11h02, un bombardier américain larguait une bombe atomique sur la ville de Nagasaki, qui fut rapidement transformée en brasier. La chaleur infernale, le vent de l’explosion, les flammes et les radiations dues à la bombe ont causé la mort de 74 000 citoyens, les survivants souffrant pour toujours de séquelles dans leur corps et dans leur esprit.
   Depuis ce drame, qui a touché notre ville il y a 65 ans, Nagasaki a choisi d’emprunter une voie « sans arme nucléaire ». Les survivants membres de la chorale sont pour moi un symbole d’espoir dans l’humanité.
   Aujourd’hui, j’aimerais formuler un souhait auprès des dirigeants des pays possédant des armes nucléaires : ne gâchez pas vos efforts pour créer un monde « sans arme nucléaire » !   En mai dernier, lors de la Conférence de révision du Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires (TNP), le Président de la Conférence a suggéré l’élaboration d’un plan d’action destiné à réduire le nombre d’armes nucléaires dans le monde avant une date donnée. Certains pays non nucléaires ont largement apprécié cette proposition porteuse d’espoir pour les ONG et les citoyens des villes ayant souffert de la bombe atomique. Cependant, les grandes puissances nucléaires (États-Unis, Russie, Angleterre, France et Chine) s’y sont opposées. Si les pays possédant l’arme nucléaire ne s’engagent pas à en réduire le nombre de manière significative, d’autres pays pourraient inciter d’autres pays à en faire l’acquisition, menant ainsi à une prolifération des armes nucléaires. Le TNP doit au moins servir à empêcher de nouveaux pays d’acquérir l’arme nucléaire mais d’autres traités sont également nécessaires dans la démarche vers son élimination. 
Le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon a déjà appelé les pays membres à élaborer une convention d’abolition des armes nucléaires. Lors de la Conférence de révision du TNP, la plupart des représentants des pays invités ont suggéré la possibilité de créer une telle convention. La ville de Nagasaki, ville irradiée, apporterait également son soutien à une convention qui interdirait uniformément à toutes les nations de fabriquer, de posséder et d’utiliser des armes nucléaires.
   Nous, les villes de Nagasaki et Hiroshima, nous sommes engagées à collaborer afin de sensibiliser les gens au sujet du drame que fut la bombe atomique et avons demandé au monde entier d’apporter son soutien pour éliminer les armes nucléaires de manière définitive. Le gouvernement japonais, qui par ses trois principes nationaux antinucléaires s’est toujours opposé au nucléaire en général, a avoué cette année, avoir passé des accords secrets outrepassant ces principes. L’attitude des précédents gouvernements et leur non-respect des trois principes nous portent à les traiter avec méfiance. De plus, le gouvernement actuel a récemment mené des négociations avec l’Inde, qui possède des armes nucléaires mais n’est pas membre du TNP, pour aboutir à un traité sur l’utilisation de l’énergie nucléaire. Ce processus inadmissible par un pays lui-même irradié est contraire au TNP. 
   Afin de regagner la confiance du peuple japonais, le gouvernement devrait institutionnaliser les trois principes antinucléaires. Pour assurer la sécurité nationale sans dépendre de la protection de la force nucléaire, le gouvernement devrait également prendre l’initiative de son propre désarmement nucléaire, ainsi que celui de la Corée du Sud et de la Corée du Nord. Je souhaite que notre gouvernement, en tant que victime de la bombe atomique, prenne la tête d’un mouvement international proposant la création d’une zone dénucléarisée en Asie du Nord-Est. 

   Lors de la Conférence de révision du TNP, le gouvernement japonais et les 41 pays invités, dont la Russie, ont officiellement fait une déclaration commune relative à la non-prolifération nucléaire et à l’éducation sur le désarmement. Nous apportons notre soutien à cette initiative et souhaitons que le gouvernement japonais joue un rôle important dans la sensibilisation des jeunes générations du monde entier à ce sujet. La ville de Nagasaki peut témoigner des conséquences de la bombe atomique. Ainsi, des survivants consacrent leur existence à transmettre leur expérience aux générations suivantes tout en continuant à supporter la douleur physique et psychologique. Certains citoyens, notamment des jeunes n’ayant pas vécu le bombardement, s’engagent activement pour réussir à établir la paix dans le monde. Ceux qui n’ont pas vécu l’explosion de la bombe transmettent le message des survivants aux générations futures. En tant que ville irradiée, Nagasaki continue à jouer un rôle important dans le développement de mesures de non-prolifération des armes nucléaires et l’éducation sur le désarmement.

   Voici un message aux citoyens du monde entier : nous sommes en mesure de choisir si nous voulons vivre dans un monde miné par la méfiance et la menace que représentent les armes nucléaires ou si nous préférons un monde sans arme nucléaire fait de confiance et coopération. Il est cependant de notre devoir de créer un avenir sans menace nucléaire pour nos enfants. Une personne seule n’a que très peu de pouvoir mais en agissant ensemble, nous pouvons changer les choses et les faire avancer. C’est pourquoi nous exposons clairement notre volonté au gouvernement. 
   Dans le monde entier, de nombreuses personnes prennent part à des mouvements prônant l’élimination définitive des armes nucléaires. En collaborant avec ces personnes, la ville de Nagasaki entend développer un réseau planétaire des citoyens de la paix. 

   Aujourd’hui, l’âge moyen des survivants de la bombe atomique est de plus de 76 ans et ces derniers sont donc moins nombreux à participer à cette cérémonie. Afin d’aider les survivants âgés au Japon et à l’étranger, nous demandons au gouvernement japonais de renforcer le soutien qu’il leur apporte. 
   Toutes mes pensées vont aux victimes et je déclare qu’en collaboration avec la ville de Hiroshima, nous continuerons nos efforts pour vivre dans un monde sans arme nucléaire.

Tomihisa TAUE
Maire de Nagasaki, le 9 août 2010.