jeudi 6 mai 2010

Intervention de Cédric Pelletier à la Conférence du Mouvement de la Paix, ONU, New York


Texte intégral de l'intervention de Cédric Pelletier, conseiller municipal à Gonfreville l'Orcher, délégué à la culture, à la culture de la paix et à l'accessibilité dans la ville, lors de la Conférence organisée par le Mouvement de la Paix au siège des Nations Unies à New York, le 5 mai 2010.

Comment faire que la nécessité du désarmement nucléaire, qui nous paraît évidente, le soit pour tout un chacun ? Et comment, par la suite, mobiliser en masse les citoyens sur ce thème ?

Pour répondre à ces questions, il faut peut être d’abord nous demander pourquoi nous sommes, nous-mêmes, convaincus de la nécessité du désarmement nucléaire. Pourquoi nous mobilisons nous, nous qui n’avons pas connus la guerre, si ce n’est peut-être la guerre froide ?

Qu’est-ce qui fait que certains sont plus sensibles que d’autres à la question nucléaire ? Qu’est-ce que fait que certains s’engagent et d’autres pas ?

Parmi les militants de la cause pour le désarmement nucléaire, nous trouvons :
- des personnes qui ont vécu la Seconde Guerre Mondiale,
- d’autres qui ont connu la Guerre Froide (chacun sait qu’en 1962, il s’en est fallu d’un rien pour que la guerre nucléaire soit déclenchée entre l’URSS et les États-Unis),
- ou encore les victimes et descendants de victimes de bombardements, comme les Hibakusha au Japon.

Mais certains d’entre nous, comme moi, n’ont pas connu tout ça. La sensibilisation au danger de l’arme atomique vient d’ailleurs. Cela nous renvoie à notre propre personnalité mais aussi à l’éducation que nous avons reçue. L’éducation est sans doute la réponse à toutes ces questions.

Nous avons peut être été sensibilisés, à un moment de notre vie, par les images d’un champignon atomique géant, un cours d’histoire sur les bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ou une sensibilisation à la guerre de manière générale…

L’École comme moyen de sensibilisation est donc l’outil à privilégier. Il est primordial que les programmes scolaires accordent plus de place à cette question, en évoquant par exemple la Guerre Froide, les bombardements des 6 et 9 août 1945, mais plus généralement la menace que fait peser sur l’humanité l’armement actuel.

Mais au-delà des enfants, nous devons également toucher un public adulte qui n’a jamais été sensibilisé à ces questions, soit parce qu’il est trop jeune pour avoir connu la guerre froide, soit parce qu’il n’a jamais étudié ces questions pendant sa scolarité.

Je pense que la majorité de la population qui reste silencieuse sur le sujet, est néanmoins favorable au désarmement nucléaire et à la culture de Paix en général. Personne n’est « pour la guerre ». Mais alors comment mobiliser cette majorité silencieuse ? Quels sont les leviers que nous pouvons actionner ?

Il faut tout d’abord mettre l’accent sur la médiatisation de notre combat. Force est de constater que les médias ne traitent pas la question de l’armement nucléaire de la bonne manière à notre sens. Ils s’inquiètent du fait que la Corée du Nord ou l’Iran mettent au point une arme atomique, ce qui est alarmant en soi, mais ne disent rien sur la menace que font peser sur nos têtes les États-Unis ou la Russie, qui possèdent à eux deux 90 % des armes atomiques existantes.

Les formes de médiatisation possibles sont multiples (pétitions et films sur Internet, télévision, presse).

Les villes ont également leur rôle à jouer. Par exemple, dans notre ville, à Gonfreville l’Orcher, nous organisons cette année une rencontre entre les élèves de notre collège et des Hibakusha.

Parallèlement, nous mettrons en place une exposition sur les bombardements du 6 et 9 août 1945, qui ne cachera rien des horreurs que ces bombardements ont causé aux victimes mais aussi à leurs descendants.

La journée internationale de la Paix est aujourd’hui bien ancrée dans le calendrier médiatique et dans celui de nombreuses villes du monde entier. L’inconvénient, c’est que le sujet n’est évoqué qu’une journée par an. Il faut aller bien au-delà de cette manifestation annuelle.

Il faut également combattre les idées reçues. Le côté soi-disant dissuasif des armes nucléaires, est un leurre qu’il faut dénoncer. Elles n’empêchent ni les guerres, les guérillas, ni les attentats terroristes. De plus, le risque d’une hécatombe pour l’humanité est toujours là.

Mais s’agissant de l’arme atomique, la majorité de nos concitoyens considère qu’il s’agit d’un sujet de haute politique, de choix stratégiques dont il est « normal » qu’ils soient exclus. Ils partent également du postulat de départ que de simples citoyens ne peuvent infléchir la position des États sur ces questions militaires.

Tout cela est faux. Il est donc impératif que ces sujets fassent l’objet d’un grand débat public, notamment au moment des grands choix de société que sont les élections générales. La politique doit s’emparer de ces questions.

Il faut les imposer aux différents candidats et aux différents partis politiques, les obliger à se prononcer.

Nous assistons malheureusement à un désintérêt croissant de nos concitoyens pour les sujets qui les concernent directement. Il suffit simplement de regarder les taux d’abstention électoraux dans tous les pays occidentaux, pour s’en convaincre.

Pourtant la question de l’armement nucléaire est largement aussi importante que les questions d’emploi ou les questions sociales. C’est une véritable épée de Damoclès que nous avons au dessus de la tête. Il y a actuellement dans le monde 26 000 armes nucléaires, dont plusieurs milliers sont prêtes à être lancées dans la demi-heure.

Je pense que les populations sont, quelque part, tenues à l’écart de ces informations et considèrent que la menace nucléaire appartient au passé.

La tâche qui nous incombe est donc particulièrement ardue. Mais il faut faire preuve de pédagogie, informer les populations, leur dire la vérité. Car cette vérité est trop grave pour laisser l’opinion publique indifférente.

Voici les pistes de réflexion que nous proposons, pour qu’un jour les populations puissent se mobiliser en masse et affirmer leur refus de tout armement nucléaire.

Merci de votre attention.